Test – Life Is Strange

Article communautaire publié par le 1 avril 2017, Pas de commentaires

En 2013, le studio français Dontnod sortait son premier titre : Remember Me. Le jeu édité par Capcom fut un succès critique certes plutôt acclamé, mais un échec commercial cuisant. Les raisons sont simples : un scénario, une finesse d’écriture et une direction artistique très réussis ne peuvent pas dissimuler des lacunes de gameplay. Fort de ses erreurs, le studio français réitère deux ans plus tard sous l’édition de Square Enix avec une nouvelle expérience épisodique, donc davantage portée sur la narration, une des qualités de Remember Me. Life Is Strange sort donc en cinq sessions dans le courant de l’année 2015. En janvier 2016 est commercialisée la saison complète, au format physique, dont voici le test, sans spoiler.

De retour dans sa ville natale d’Arcadia Bay après des années d’absence, notre héroïne Maxine intègre une prestigieuse académie spécialisée dans le domaine de la photographie. En tentant en vain d’empêcher un meurtre de sang froid dans les toilettes de son lycée, Max se découvre la capacité de remonter dans le temps. Sa première intention, et ainsi le premier objectif du jeu, est donc de modifier le cours du temps pour éviter l’assassinat dont elle a été témoin. Mais avoir le pouvoir de changer les choses signifie-t-il en avoir le droit ? C’est là toute la problématique que Life Is Strange va traiter à travers les cinq épisodes qui composent sa première saison. Enquête, sentiments, surnaturel, nostalgie et mélancolie mèneront notre protagoniste sur le chemin de la maturité.

Life Is Strange est une narration interactive. S’il s’inspire des formats épisodiques des succès de TellTale, le titre de Dontnod regarde du côté de Quantic Dream pour développer son gameplay. On dirige Max à la troisième personne, la caméra étant placée derrière elle. Une touche sert à manipuler le pouvoir du temps, et une autre à interagir avec les éléments et les autres personnages. Les dialogues sont réalisés selon la mode des actuels jeux à choix multiples, c’est-à-dire avec une roue à répliques, comme dans Mass Effect. Et comme dans Mass Effect, il y a parfois des répliques mesurées, et d’autres plus agressives. En prononçant certaines répliques ou en effectuant certaines actions, Max va influencer le déroulement des évènements, et la mécanique du temps permet ainsi de reconsidérer certains choix. Les choix à impact sont mis en valeur par un petit jingle que le jeu s’amuse souvent à placer à des instants improbables. On se dit souvent « Oups, j’aurais pas dû dire ça, en fait ». En effet, la principale particularité du titre est qu’il permet au joueur de reconsidérer ses décisions. Max a la capacité de rembobiner quelques secondes afin de modifier certains actions et répliques. Actions et répliques qui viendront évidemment avoir un impact sur le déroulement des évènements, parfois sur plusieurs épisodes. Le gameplay est parfois très lourd, bien que simplifié à l’extrême. Les interactions possibles apparaissent à l’écran sous la forme de bulle de bande-dessinée quand Max s’en approche mais ses déplacements sont parfois lents et frustrants, et l’interaction n’est possible que d’un certain angle. Cela ne ternit pas vraiment l’expérience de jeu, mais quand le titre s’essaie pendant deux minutes à l’infiltration, ça devient vite embêtant.

S’il n’est pas très beau, Life Is Strange a le mérite de proposer une direction artistique très distinguée. Les animations des personnages sont parfois très redondantes dans les dialogues, mais le doublage est très convaincant, sans quoi l’immersion aurait été brisée. Évidemment la direction graphique de Life Is Strange ne laissera pas indifférent. Les graphismes semblent avoir été coloriés à la main, les éléments d’interaction sont d’ailleurs mis en évidence par un dessin. Les affiches à observer, notamment, sont clairement dessinées à main levée. Cet aspect parfois pastel parfois aquarelle donne à l’ensemble un aspect très enfantin et attachant. Dans le détail, l’esthétique du jeu paraît grossière, mais dans ses décors et ses environnements, Life Is Strange propose une direction artistique élégante, simple et unique qui ne cherche pas à tomber dans les effets de style grandiloquents. Vu de loin, Life Is Strange est moins bien fait que Remember Me, mais son style et son ambiance le démarquent davantage. Il est moins beau tout en étant plus joli. Il en va de même pour le caractère de Max comparé à la personnalité de Nilin. Moins héroïque, moins responsable, moins forte, mais sensiblement plus humaine et attachante. Life Is Strange parvient à faire vivre une enquête sinistre à travers des instants d’une grande tendresse. Cette impression est largement valorisée par le choix des musiques : du rock folk et alternatif, très efficace pour traduire le degré d’une scène.

Pour conclure, le titre de Dontnod n’est pas tant un jeu qu’une véritable expérience narrative. Life Is Strange prend le temps d’installer son ambiance, ses protagonistes, ses lieux et son arrière-plan. La durée de vie repose d’une part sur la curiosité des joueurs à tenter de retourner le temps dans tous les sens pour modifier l’issue des situations, à user et abuser du rembobinage, et d’autre part sur tous les détails et les secrets que le jeu propose en masse dans un bon nombre de ses environnements. Il y a un tas de souvenirs à raviver, de clichés à prendre et de documents à étudier qui servent à enrichir et développer l’univers du jeu. Il n’y a aucun challenge, aucune forme d’action et Max ne peut pas échouer une action, son pouvoir lui permettant d’annuler les éventuelles actions qu’elle ne peut se permettre de manquer.

Dontnod a beaucoup appris de l’échec de Remember Me. À la façon des premiers Silent Hill, Life Is Strange sacrifie sa beauté au profit d’une esthétique unique, élégante et efficace, et tourne ses défauts en points forts. Le manque d’action traduit une meilleure narration, le découpage des épisodes est efficace, et le choix final est, bien que prévisible, amené avec beaucoup d’émotion. On pourra regretter une rigidité des mouvements de Max parfois frustrants, des synchronisations labiales légèrement rébarbatives sur certains dialogues, mais on retiendra une direction artistique unique et une bande sonore mémorable et une ambiance teenage prenante. L’ensemble s’étend de dix à quinze heures pour un prix tout à fait abordable.

En conclusion :

16/20 Graphismes : À l’image de son héroïne, Life Is Strange est très mignon sans être sexy. Ce n’est pas tant une claque graphique qu’une claque artistique, en somme.

18/20 Bande-son : Là encore, la bande sonore fait brillamment écho à Maxine, composée en grande partie de chansons folks à la guitare sèche. L’accompagnement sonore fait partie intégrante de l’ambiance du jeu, et traduit une mélancolie touchante. Les doublages sont très bons mais contrastent avec une animation malheureusement labiale redondante, et les bruits de l’environnement ne sont pas bâclés.

16/20 Scénario : Clichée et souvent prévisible, l’histoire de Life Is Strange ne cherche pas à surprendre, mais plutôt à émouvoir. Le découpage des chapitres n’est pas hasardeux et amène un rythme crescendo impeccable.

17/20 Jouabilité : Life Is Strange est simpliste à l’extrême. Bouger, parler, interagir, rembobiner, c’est tout. Comme dit plus haut, le déplacement de Max est un peu balourd par moment. Mais cette mécanique a le mérite d’être simple, et ne ternit aucunement l’expérience globale.

17/20 Durée de vie : Life Is Strange est terriblement facile. Sa durée de vie repose sur tous ses secrets, ses dialogues, son background à découvrir, et sur l’utilisation du pouvoir du temps dans de nombreuses situation. Les choix ayant à la fin un faible impact, la rejouabilité ne concernera probablement qu’une niche.


La note du rédacteur : 17/20

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